En réalisant quelques recherches sur Internet pour mon cours de français sur le portrait, j'ai croisé entre deux fenêtres ce bel article qui selon moi mérite d'être connu.

Je suis une grande fan de l'histoire des humains du passé et encore mieux quand ça parle de ma ville !

La jeune fille au chevreau 

 Marcelle Battu, le modéle, est une jeune fille nîmoise de 17 ans. Elle aura un destin tragique.Voir son histoire dans la presse locale en fin d'article. 
Lors de la réunion du Conseil Municipal du 30 décembre 1925, la municipalité décide d'acquérir « La Jeune Fille au Chevreau » une œuvre de Marcel Courbier (1898-1976), statuaire à Paris et originaire de Nîmes (1) pour en orner le Jardin de la Fontaine. Le prix de cette œuvre serait de 15000 frs. La moitié serait payée par l'État, en vertu d'un engagement du Ministère des Beaux-Arts par courrier en date du 14 décembre. A cette somme s'ajouteraient seulement les frais de port et d'emballage.Cette œuvre étant jugée d'une haute valeur artistique par sa grâce rustique et sa fine plasticité, la commission des objets divers décide d'accueillir favorablement cette proposition et vote pour provision une somme de 8500 frs représentant la part de la ville ainsi que les frais. 

(1) Marcel Courbier, artiste Nîmois, Prix de Rome était propriétaire d'une maison située au 1bis rue Sully à Nîmes. C'est la maison où habitait dans sa jeunesse le peintre conteur Gérard Lattier, cela l'inspirera pour le thème de son tableau "HISTOIRE DE LA BATTUE". 

 

Avant sa mise en place au Jardin de la Fontaine, ce groupe sera exposé au Salon de 1926, et reproduit dans L'Illustration avec ce commentaire : « Dans une tradition qui évite les mièvreries auxquelles avait conduit la recherche de la grâce à tout prix, il faut ranger M. Courbier avec sa Jeune fille au chevreau. Le corps nerveux a les maigreurs de la jeunesse sans pauvreté. C'est de la vie bien observée. »Le 22 avril 1942, M. Inard, Rapporteur de la Commission des travaux Publics, expose au Conseil Municipal :«  A la suite d'un acte de vandalisme, le Groupe « La Jeune Fille au chevreau», placé dans la partie haute du Jardin de la Fontaine, a été mutilé. Le bras de la Jeune fille ainsi qu'une oreille du chevreau ont été cassés. Le sculpteur contacté se charge de l'exécution des travaux de restauration pour une somme comprise entre six et sept mille francs. »Le 29 mai suivant, M. Gaussorgues, adjoint au maire, communique : « Le sculpteur refuse de revoir son devis, suite à un fait nouveau, la découverte du bras de la jeune fille ». La municipalité décide tout de même d'honorer les conditions de la proposition initiale.

 

La Jeune fille au Chevreau, endommagée en 1944
Document Collection Philippe Ritter

 

Cette dernière sera effectuée par Courbier lui-même. Probablement endommagée une nouvelle foi en 1944, elle sera déposée et stockée par les services municipaux dans un local du jardin de la Fontaine. À ce jour, personne ne sait où sont passés ses vestiges.
Un industriel de passage à Nîmes commandera directement à Courbier une copie en bronze, tirage unique en réduction. En 1943, cette œuvre fut présentée une première fois à l'occasion de l'Exposition des Beaux-Arts de Nîmes. « L'esprit qui se dégage de cette œuvre et le traitement délicat sont à rapprocher de la Jeune fille à la gazelle d'Henri Bouchard, présentée au Salon de 1909, que Courbier a pu voir par la suite ».Le sculpteur, Courbier, ami de Jean Moulin, réalisera plusieurs monuments à la Résistance, et ne songea probablement pas à réparer sa sculpture. Le groupe en pierre ayant aujourd'hui disparu, cette version en bronze permet de le documenter très utilement et témoigne de son existence.
Grace au don Mme Maria Hugentobler-Moser, la copie bronze de « La Jeune Fille au Chevreau », sera présentée du 29 février au 25 mai 2008, au Musée des Beaux-Arts de Nîmes, rue cité Foulc, à l'occasion de l'exposition « Collections dévoilées ».Le musée conserve également de Courbier un Portrait d'Armand Coussens (1881-1935), graveur et directeur de l'École de dessin de Nîmes.
Article Midi Libre le N°4, du 30 aout 1944 - Document collection Philippe Ritter
Les femmes tondues de Nîmes exposées à la populace.
 
A la libération, accusée d'avoir eu une relation avec un officier Allemand, la jeune fille d'origine nîmoise ayant servi de modèle, sera tondue et exécutée. Peu après cet événement, des éléments nouveaux vont sortir... rumeurs ou preuves d'innocence : nul ne le saura. La justice des vainqueurs ne sera jamais remise en cause. Tout cela laissera un goût amer à certains. La victoire eut été beaucoup plus belle si elle avait su garder une certaine sérénité.